Le stuc, technique décorative

Texte de Philippe Chastel

La composition des enduits à stuquer employés dans l’antiquité n’a guère évolué au fil des siècles. La chaux et le plâtre sont les liants de base. Suivant le type de stuc des apports de charges minérales (sables, poudre de marbres) ou de colles animales ou végétales sont rajoutés à la composition de base. Le stuc ne s’est développé de façon significative qu’au XVIème siècle et vit son apogée à l’époque baroque. Encore largement utilisé pour la décoration dans les années cinquante, le stuc s’éteignit doucement. Les techniques de stucage, trop longues et trop coûteuses, et l’apparition de produits industriels prêts à l’emploi lui portèrent un coup fatidique.
Les stucs reviennent à ce début de millénaire et les techniques de mise en œuvre, grâce à l’évolution des produits (plâtre spécifique, enduits, chaux…) nous permettent de travailler plus vite et dans de meilleures conditions en respectant les règles de l’art. Les stucs se divisent en plusieurs familles suivant le liant de base utilisé.

Les stucs au plâtre :

Au nombre de trois, leur rendu est très différent :

Le stuc marbre

C’est l’imitation parfaite du marbre. Le stuc dont la recette est gardée secrète par les stucateurs, contribuant malheureusement à l’extinction pure et simple de cette superbe finition. Ce stuc s’est développé principalement en France, en Italie, en Angleterre et en Allemagne. Son coût à l’époque était inférieur au véritable marbre et remplaçait certaines pièces impossibles à réaliser en véritable marbre. Les stucateurs italiens imitèrent parfaitement, avec cette technique, les véritables marqueteries de pierres dures et de marbres. Ces marqueteries complexes sont, même pour un œil de connaisseur, difficile à distinguer d‘un véritable travail de marbrier. Des objets, des plateaux de table peuvent être réalisés avec cette technique. Au début du siècle, les stucateurs firent de très grandes surfaces murales en stuc marbre ainsi que des éléments architecturaux complexes (colonnes, chapiteaux).

Le stuc pierre

Ce stuc imite parfaitement la pierre et a un fini très lisse. Le joint creusé puis rebouché lui donne un véritable aspect massif. C’est à la base un mortier chaux / plâtre mélangé à de la poudre de pierre, ou du sable fin. Le fini est parfaitement lisse et ciré. La chaux reste largement majoritaire dans le mélange. La granulométrie de la poudre de pierre ou du sable est variable. La coloration se fait aux pigments et peut varier suivant le type de pierre a imiter. Le Sienne naturel, l’ocre jaune et l’ombre naturelle sont les plus utilisés.

Le stuc romain

La technique des artisans de Rome. De part son originalité et son fini ciré laissant apparaître une légère granulométrie, le stuc Romain garde toute sa splendeur. Il fait toujours partie des grandes finitions murales.

Les stucs chaux

Les stucs chaux requièrent un véritable savoir faire. Leur utilisation date de l’Antiquité. Les grecs, puis les romains en firent grand usage. Aux XVIème siècle, les stucateurs vénitiens sont alors les maîtres de cette technique. Ils façonnent dans l’enduit des motifs en relief, se rapprochant du travail de sculpteur. Les enduits sont parfaitement lissés, polis et parfois peint a fresco. Le stuc marmorino règne en maître et c’est François 1er qui l’introduisit en France (château de Fontainebleau), puis Louis XIV à Versailles. De nos jours très peu d’artisans maîtrisent les techniques du véritable stuc.

Le Stuc Marmorino

Le stuc marmorino fait partie de l’histoire. C’est très certainement une des plus belles finitions qui soient. Son poli final est inimitable. Le principe du marmorino est une succession d’enduit de chaux ayant une charge de granulométrie de plus en plus fine. La chaux grasse est traditionnellement utilisée, ainsi que la brique pilée et la poudre de marbre impalpable. Pour les enduits fins de Marmorino la chaux grasse est souvent tamisée, et la coloration forte est obtenue en peignant l’enduit « a fresco ». Une fois ciré le stuc Marmorino peut être très proche du Tadelakt marocain.

Le Stuc au couteau

Également appelé Montovano (de la ville de Mantoue, en Italie) c’est certainement le stuc le plus riche d’aspect. Souvent très ferré, il a un superbe rendu dans les valeurs fortes de couleurs. Le support est généralement un enduit de chaux qui est taloché serré, ne laissant qu‘une légère granulométrie de surface. La planéité générale de l‘enduit doit être bonne car la couche de stuc est vraiment pelliculaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *