Le gesso traditionnel (Villanov’art)

 Article initialement publié le 13 février 2008 sur le site disparu Villanov’art

broederlam
Melchior Broederlam, 1355-1411, Retable de Dijon (détail), tempera grasse et huile (procédé flamand), commandé en 1390, peint entre 1394 et 1399, sculptures de Jacques de Baerze.  Musée des Beaux-Arts de Dijon. Une des plus anciennes peintures à l’huile.

Beaucoup de fabricants de matériel pour artistes vendent leurs enduits à base de résines acryliques ou vinyliques sous le nom de « gesso » . Cette appellation est fausse, le gesso, nous devrions plutôt dire les « gessi » car il y en a de différentes natures, est un tout autre produit connu depuis des millénaires sous d’autres noms.

Il libro dell’arte (Le livre de l’art) de Cennino Cennini, écrit à la toute fin du XIVème siècle, est une des sources les plus anciennement connues relatant l’utilisation du gesso. Cennini apprit tout d’Agnolo Gaddi qui fut l’élève de son père Tado Gaddi, qui fut lui-même élève de Giotto di Bondone qui fut l’élève de Giovanni Cimabue, le peintre qui latinisa l’art byzantin et généralisa l’usage de la tempera à l’oeuf en Italie. Ceci pour dire que le gesso était l’enduit de base des peintres depuis longtemps, depuis l’antiquité en fait.

On utilisait deux types de colle :

  • une gélatine obtenue en faisant longuement bouillir des os, tendons et museaux de chèvre, (très probablement aussi des os de cochon comme je le développerai plus loin), donc une colle d’os.
  • une gélatine obtenue des raclures de peaux de mouton et de veau, que nous connaissons maintenant sous le nom de colle de peau.

En Italie on préparait les panneaux de peuplier, de tilleul ou de saule de diverses façons, mais la plus noble consistait d’abord à encoller le panneau de bois, puis à y maroufler une toile de lin à tissage serré. On passait ensuite une couche d’enduit au plâtre actif que l’on appelaitgesso grosso. L’encollage, le marouflage et le mouillage du plâtre actif se faisait avec la colle d’os. On arasait ensuite le plâtre séché au grattoir. Pour être sûr de bien traiter toute la surface on la saupoudrait préalablement de poussière de charbon de bois que l’on frottait énergiquement pour colorer le plâtre ; là où le plâtre restait gris, là l’arasage était mal fait. Ce guide coloré est toujours utilisé par quelques vieux ébénistes.

On passait ensuite une ou plusieurs couches d’enduit au plâtre éteint, lié à la colle de peau cette fois-ci, que l’on appelait le gesso sottile. Ce dernier enduit était arasé au grattoir et aussi quelquefois poncé avec de la prêle des champs séchée ou de la pierre ponce. Ces techniques étaient celles des menuisiers et des ébénistes, corps de métier généralement dévolus à la préparation des panneaux comme nous l’indiquent les devis et « prix faits » de l’époque.

Dans le Nord on a le plus souvent préféré la craie au plâtre, et la colle de peaux de lapin à la colle de vélin. On a également essentiellement travaillé sur panneaux de chêne.

On faisait encore du gesso grosso à l’ancienne, sans le savoir, en Picardie dans les années 1950, je l’ai vu. Quand le cochon était tué, en hiver, on faisait le fromage de tête. On utilisait pour çà, la tête, les pieds et divers gros os. Le bouillon en excès (rien ne se perd dans le cochon) était filtré, remis à bouillir jusqu’à grande réduction, puis versé dans un couvercle de lessiveuse renversé où il prenait en gelée. Le lendemain on démoulait et on coupait la gelée en tranches que l’on mettait à sécher sur des sacs à pommes de terre en toile de chanvre. Exactement comme le décrit Cennino Cennini.

Remouillée et chauffée, cette colle, liée au plâtre, servait à enduire très solidement les parties de portes de granges ou les volets piqués par les vers. C’était un gesso grosso dans la plus grande tradition.

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