Marguerite Gérard et Jacques Sablet au Musée Fesch – suite (Villanov’art)

Article initialement publié le 26 novembre 2007 sur le site disparu Villanov’art

Jacques Sablet, La Tarentelle, Huile sur toile, Londres, Colnaghi. © Londres, Colnaghi.
Jacques Sablet, La Tarentelle, Huile sur toile, Londres, Colnaghi. © Londres, Colnaghi.

Les moyens techniques de Jacques Sablet sont, dans l’ensemble de son oeuvre, similaires à ceux de Marguerite Gérard, sauf pour le néfaste usage du bitume dans les dessous comme dans les glacis, qui a ravagé l’état de surface de beaucoup de ses grandes toiles. Il s’en distingue aussi par l’emploi des résines mastic ou Dammar au moins dans deux des toiles exposées. Le tableau qui nous intéresse particulièrement est « La tarentella », une pièce atypique d’environ 2m x 1,50m d’une grande luminosité et d’un remarquable état de conservation.

Dans ce cas Sablet n’a visiblement pas ébauché au bitume, aucune boursouflure caractéristique n’est perceptible, il a probablement employé les terres comme Fragonard. Les fines craquelures uniformes de la pâte suggèrent l’adjonction de résines aux pigments. A contrario ses autres tableaux présentent presque tous les larges écaillures habituelles des peintures à l’huile grasse sur enduit gras de l’époque. Les pigments sont restés frais, à part un léger verdissement du bleu d’azurite dans le ciel. La pâte est très lumineuse et transparente, un peu comme celle des Flamands.

Nous pouvons donc avancer l’hypothèse suivante sur la mise en oeuvre de ce tableau :

  • Préparation du support : encollage à la colle de peau; enduit à la Flamande tardive (vers 1650), à savoir un mélange de céruse et de craie broyé à l’huile cuite, un enduit blanc donc, gras mais relativement absorbant.
  • Pigments broyés à l’huile de lin cuite (sans adjonction de substance siccativante).
  • Ebauche en camaïeu de terres, probablement une sinopia ou une terre de Sienne brûlée, diluée à l’essence de térébenthine ou au pétrole, une ébauche maigre et légère, d’une bonne siccativité de par la nature du pigment.
  • Mise en peinture en demi-pâte avec un diluant composé d’huile noire et d’essence de térébenthine. Poursuite du travail et mise au fini au Megilp (medium gel composé d’huile noire et de vernis au mastic concentré) d’abord additionné d’essence, puis pur. Il est fort probable que pour les glacis finaux le Megilp ait été enrichi de térébenthine de Venise ou de Strasbourg, la richesse et la luminosité de la pâte le suggèrent fortement.

L’ajout des résines à la pâte, qui fut en usage depuis le XVème siècle passa de mode au malheureux XVIIIème, époque où il fallait peindre vite et « à la touche ». L’effondrement perdura jusqu’en 1830 où Leonord Mérimée, Secrétaire de l’Académie, tenta de remonter le métier en publiant son ouvrage « De la peinture à l’huile ».

José Colombé

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